Migration et accueil en commun·e·s

        

       Ce support de discussion pour notre enquête collective nous a conduit à affirmer que la migration humaine n’est ni un problème ni une crise, c’est l’histoire même des humains : les migrations sont au fondement de nos sociétés. Tou·te·s les nantaises sont les enfants des migrations : que ce soit de la Bretagne au début du 20ème siècle ou de l’autre bout du monde, la question est plutôt de savoir comment elles s’organisent et se vivent politiquement. Les problèmes que connaissent aujourd’hui nos sociétés sont plutôt issus de la construction de frontières étanches, aux difficultés d’accès aux papiers. Les migrations sont souvent liées à des déséquilibres géo-politico-économique entre des pays qui sont parfois entretenus volontairement par des enjeux financiers et de pouvoir. L’enjeu des migrations en commun·s est de prendre soin des parcours de migrations et des personnes en exil, de partager la possibilité d’être nomade, de voyager sans entrave
Si vous souhaitez discuter de ce support d’enquête et formuler des critiques bienveillantes, participez à l’enquête ! Ce support sert à susciter le débat, vous pouvez l’utiliser pour faire discuter des personnes dans d’autres cercles 🙂 

 

 

Le support de discussion

Enjeux

  • Solidarité, dignité et humanité sont des principes fondamentaux des communs. Pour les renforcer, nous souhaitons affirmer la multiculturalité comme atout.
  • Assumer les conséquences de notre développement prédateur, des colonisations et du réchauffement climatique sont des enjeux politiques cruciaux du 21ème siècle. Rappelons nous que l’esclavage avec lequel notre ville s’est enrichie a constitué une migration forcée. C’est aussi l’occasion de renforcer nos coopérations, en lien avec l’enquête « En commun.e.s avec Nantes, relations de coopérations ».
  • L’histoire des migrations nous permet de mieux comprendre notre ville. Nous voulons dédramatiser cette histoire contemporaine.

 

Diagnostic

 

  • Droit d’asile : le droit d’asile permet d’accorder le statut de « réfugiés » à des personnes qui prouvent qu’ils subissent des menaces pour leurs vies là d’où ils viennent. De plus en plus inadapté, la procédure est bien trop longue, touche à l’intime et aux représentations françaises de ce qui se passe à l’étranger, manque d’universalisme. Le droit d’asile n’inclut pas les réfugiés climatiques ou les personnes qui migrent à cause de la précarité sans que leurs vies soient menacées de manière discriminatoire. L’asile ou le séjour sont attribués de manière arbitraire.

Pendant la procédure de demande d’asile, les personnes n’ont pas le droit de travailler, elles se retrouvent logées dans des hôtels sociaux ou privés et lorsque ces dispositifs sont saturés à la rue.

Si la demande échoue, les personnes sont soient sans-papiers, alors qu’elles vivent depuis plusieurs années en France, soient elles reçoivent une Obligation de Quitter le Territoire Français qui peut les conduire à l’enfermement puis à l’expulsion, enfants compris.

  • Règlement de Dublin : ce règlement impose que la demande d’asile en Europe se fasse dans le premier pays « visité » par la personne exilée. Le plus souvent la Grèce, l’Italie ou l’Espagne. A ce titre, la France a fermé ses frontières notamment avec l’Italie alors que le pays ne fait pas face au nombre de demandes d’asiles. Cela met gravement en danger la vie des personnes qui tentent de faire leur demande en France ou en Grande-Bretagne.

  • Mineurs étrangers isolés : les personnes reconnues mineures isolées (sans majeurs représentant légal), sont accueillies quel que soit leur statut. Le département en est responsable. Mais les tests de minorité sont très controversés et de nombreux jeunes ne sont pas pris en charge. Ils se retrouvent alors à la rue.

  • Centres de Rétention Administrative : si vos demandes de différents papiers ont échoué et que vous êtes contrôlés, vous pouvez être enfermé pendant plusieurs mois avant d’être reconduits à la frontière, hors d’Europe.
  • Hors-cadre / Refus de l’accueil : de nombreuses situations personnelles ne correspondent pas au droit d’asile et ne donnent lieu à aucune protection, à aucun droits en matière de ressources pour vivre dignement. De fait, plusieurs centaines de personnes à Nantes vivent dans des squats, sont hébergées par des habitant.e.s solidaires ou vivent à la rue. C’est une crise de l’accueil que nous vivons, et pas une crise migratoire.

  • Refus de moyens / Réquisitions habitantes : les pouvoirs publics (mairie, préfecture) peuvent organiser la réquisition de bâtiments publics pour accueillir les personnes dont le statut est compliqué. Puisque ces autorités refusent de le faire alors qu’il y a beaucoup de bâtiments vides, les habitant.e.s de Nantes (étudiants, militants, associatifs) ont procédé à plusieurs réquisitions : les Beaux-arts, le Château du Tertre et le sous-sol du bâtiment Censive à l’Université, les lycée Vial et Leloup Bouhier, etc. Systématiquement évacués par de grosses opérations policières, à la demande de la mairie, les personnes qui y vivent ont fini par dormir Square Daviais pendant 3 mois à l’été 2018. 
    Rappelons que Nantes a l’aire urbaine avec la plus grosse proportion d’habitats informels de toute la France en rapport avec sa population. Parallèlement, l’INSEE compte plus de 11 000 logements vides. Une partie seulement de ceux-ci suffiraient à loger toutes les personnes précaires : à la rue ou mal logées.

 

Exemples inspirants

 

A Nantes et aux alentours :

  • L’Autre Cantine : pendant l’été 2018 à Nantes et encore aujourd’hui, la solidarité repose directement sur les habitant.e.s, de longue date ou tout juste arrivés. Après avoir réquisitionné un local inutilisé depuis plusieurs années, plus de 500 repas pars jours, plusieurs dizaines de milliers depuis l’ouverture, ont été servis. Des repas chauds et complets.
  • L’école hors les murs apporte soutien et accompagnement à tout.e.s les jeunes exilé.e.s dont les demandes sont refusées par les pouvoirs publics. 

  • Les hébergeurs solidaires : à Nantes et dans toute l’Europe, ils et elles se chargent des missions de service public d’hébergement et de droit au logement.
  • Les Centres d’Hébergement et de Réinsertion sociale accueillent de nombreuses personnes exilé.e.s.

  • Les Jardins de la Vallée, en partenariat avec l’association Court-Circuit : un programme de maraîchage pour les personnes exilé·e·s

 

Ailleurs :

  • PEROU (Pôle d’exploration des Ressources Urbaines) : des artistes et des universitaires s’intéressent à ce que produisent les personnes précaires en matière d’espaces publics. Ils rédigent un magazine de la jungle comme si c’était un magazine municipal, un Nantes Passion mais à Calais.
  • Grande Synthe : la maire de cette ville du Nord-Pas-De-Calais a fait construire des logements sobres et écologiques pour accueillir des centaines de personnes. 
  • L’Ambazada : un lieu d’accueil à Notre-Dame-Des-Landes pour tout.e.s les personnes de passage.
  • Riace, le village de Calabre en Italie qui accueille l’équivalent de la moitié de sa population en exilés, dans les maisons abandonnées. L’artisanat a redémarré alors que le village mourrait. Le ministre d’extrême droite italien cherche à criminaliser le maire de ce village.

 

Pistes/propositions

Accueil inconditionnel (logement, nourriture, soins, culture, éducation, lien social)
Créer des espaces publics dédiés à la rencontre, au lien, à l’entraide, à l’apprentissage
Sans la mairie : 
Soutenir et renforcer les groupes de solidarité existants
Investir des espaces publics et des bâtiments publics
Intégrer aux projets de rue et de quartier les enjeux de l’accueil 
Participer aux luttes
Soutenir les Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale
Avec la mairie :
Réquisitionner des bâtiments inutilisés / Faire les Beaux-arts en commun (enquête en cours)
Faire du square Daviais « l’Ambazada » nantaise à l’occasion de la réorganisation de la place de la Petite Hollande
– Mettre en place un quota de logements libres diffus 

Discussions sur ce thème :

Commission témoins :  à définir

Discussions :

8 novembre 2018 gare de l’État

7 mars gare de l’État

Prochaines
discussions

07 mars 19 à 19H30 gare de l’état – Nantes

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