Faire la politique en commun

       

Pendant les premiers moments de discussion de Nantes en commun.e.s, des personnes ont affirmé qu’elles ne voulaient pas faire de politique. Après quelques échanges, nous nous sommes rendu compte que tout le monde ne comprend pas la même chose derrière ce mot. Si certain.e.s pensaient que nos discussions n’étaient pas politiques parce qu’elles n’avait rien à voir avec les politicien.ne.s et les partis politiques, d’autres au contraire disaient que les professionnel.le.s de la politique avaient confisqué le mot alors que la politique devrait appartenir à tout le monde. Nous avons donc choisi de discuter ensemble de la politique comme on veut la faire, la vivre, dans la ville.

Le support de discussion

Les enjeux : quelle politique et pourquoi ?

Agir sur la politique est une réponse face aux risques d’effondrement de nos sociétés : pour construire une autre société, nous avons besoin de nous organiser ensemble et ça, c’est déjà de la politique. La politique, c’est la réponse des êtres humains pour sortir de notre impuissance individuelle : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ». Et faire la politique en commun nous permettra de retrouver une capacité d’agir collective. Pendant un des ateliers, une personne a écrit « La planète est en train de mourir, c’est la merde, les pauvres sont dans la panade », mais ce n’est pas une fatalité !

On ne veut pas faire n’importe quelle politique : être politisé.e.s, ce n’est pas la même chose qu’être professionnel.le de la politique. Les professionnel.le.s de la politique ont intérêt à réduire un maximum la participation des autres membres de la société à l’organisation collective, pour la contrôler et être mieux rémunéré.e.s (comme Chantal Jouanno par exemple, ancienne ministre de Sarkozy et présidente de la Commission nationale du débat public avec une rémunération mensuelle net supérieure à 14 000 € par mois). Alors qu’être politisé.e.s, ça veut dire avoir une conscience politique, c’est simplement voir le monde en s’interrogeant sur la manière dont il est organisé, sur les valeurs et les idées qui s’y jouent. Et ça on le fait tout.e.s, on est tout.e.s politisé.e.s.

La politique, c’est aussi ce qui crée des clivages : c’est important que les conflits qui ont du sens et qui nous permettent d’améliorer nos sociétés soient pris en charge par de nombreuses personnes.

La politique du commun, à laquelle on peut tout.e.s participer consiste à prendre soin, partager, construire ensemble et à lutter pour protéger les communs. Dans la politique du commun, personne ne peut être propriétaire, ce sont les usagers qui décident.

Dans Nantes en commun.e.s, on souhaite faire une politique du quotidien qui passe par nos discussions de tous les jours, par nos manières de communiquer ensemble, par notre voisinage… en fait, par l’ensemble des activités qui nous concernent !

Rue par rue, quartier par quartier, agir ensemble dans la bienveillance, c’est faire la politique en commun. De la politique de tous les jours à l’organisation de la commune, ça nous mène vers une société plus écologiste et solidaire, qui prend en compte la question des précarités.

L’enjeu c’est aussi de pouvoir se faire confiance à Nantes, de nous habituer les uns aux autres, de reposer le cœur du débat ensemble. La politique en commun a aussi des valeurs de justice, de bien social, écologiste, interculturelle, pour nous reconnecter.

Diagnostic de Nantes

Les élu.e.s de Nantes sont à la fois, en principe, en charge de l’intérêt général et membres d’une classe de professionnel.le.s.

Les partis politiques privatisent et confisquent la politique. Aller à une réunion de parti politique c’est prendre le risque de ne pas du tout pouvoir s’exprimer, de ne pas être pris au sérieux, ou de devoir écraser la parole des autres pour s’imposer.

Un parti est une entreprise au service de la carrière de certain.e.s élu.e.s qui s’y affrontent en interne. Après cet affrontement interne pour savoir qui sera candidat, la compétition se déroule dans la ville pour capter des voies, comme si c’étaient des parts de marché… Comme les commerciaux, les élu.e.s ciblent les quartiers et les populations qui leur sont les plus favorables pendant les campagnes pour avoir des votes : ils ne cherchent plus à changer la société avec les habitant.e.s comme le faisaient les partis de masse à leurs origines, ils cherchent à contrôler les institutions sans se soucier de leur lien politique avec Nantes.

Alors il n’est pas étonnant que la ville se construise sans les habitant.e.s, avec des grands capitalistes et des exilés fiscaux. Par exemple, le stade du YelloPark n’a pas été décidé avec les usagers du stade ou avec les habitant.e.s du quartier mais avec un millionnaire, ça n’a pas de légitimité démocratique.

La « société civile », les associations, sont tiraillées entre une politique du commun et le clientélisme : pour obtenir des ressources pour leurs beaux projets, elles doivent être loyales à la mairie et ne pas s’y opposer officiellement.

Restent des collectifs, des groupes informels ou insurrectionnels qui pratiquent l’auto-organisation et ont la liberté d’imaginer une autre société. Ils élargissent le commun et subissent une importante répression lorsqu’ils se font connaître.

Tout ces groupes qui participent à la politique nantaise sont tiraillés entre des fonctionnements démocratiques, lorsqu’ils cherchent à élargir et diversifier les manière de faire la politique, et l’oligarchie, qui restreint la capacité à participer au poids économique des personnes et des groupes. Il y a bien l’idée d’une ville à deux vitesses. Le risque lorsqu’on cherche à résoudre ces problèmes est que ce soient toujours les mêmes qui s’expriment.

Exemples inspirants

  •  Les soirées de soutien aux migrants : des bons moments pour créer du lien et montrer en acte qu’on peut vivre la ville ensemble.
  • Les jardins collectifs : de belles réappropriations écologiques de l’espace public qui améliorent nos liens et diversifient notre culture.
  • Les coopératives : d’autres manières d’organiser le travail, pour que les travailleurs soient propriétaires de leur outil de travail et que d’autres aussi y participent.
  • Les manifestations, les luttes : pour affirmer notre droit à la ville, résister et rencontrer des personnes différentes de notre quotidien.
  • Les villes rebelles espagnoles : Barcelone, Madrid ou encore Saragosse ne sont que les exemples des villes les plus connues parmi 50 villes espagnoles dans lesquelles les mouvements sociaux ont repris le contrôle sur les institutions, souvent avec l’appui de mouvements nationaux comme Podemos. Si ces villes nous inspirent, nous pourrions aussi les soutenir : grâce à ce qu’elles ont défriché on peut imaginer aller encore plus loin.
  • La Zad de Notre-Dame-Des-Landes : pendant 10 ans de luttes contre la privatisation d’un territoire paysan de plus de 1000 hectares, les habitant.e.s et les usagers de la Zad ont réinventé les pratiques politiques en rendant plus légitime la construction du commun que la réalisation de profits dans le cadre d’une économie destructrice. Là-bas chaque geste est politique : manger, habiter, faire la fête, vivre… L’assemblée des usages et l’ensemble des lieux de vie envisagent aujourd’hui l’idée de « Terres communes ». Comme Barcelone, ils nous inspirent et ont besoin de soutien.
  • Saillans : la moitié des habitants de ce village de la Drôme se sont opposés au projet de supermarché soutenu par l’ancien maire. A travers la lutte, les élections et les institutions publiques, ils remettent la politique en commun.
  • L’Islande : les habitant.e.s ont réécrit leur constitution ensemble, mais les professionnel.le.s de la politique refusent de la mettre en œuvre !
  • Le Chiapas au Mexique : un grand État mexicain est aujourd’hui organisé directement par les habitant.e.s du territoire selon des principes démocratiques, écologiques et solidaires.
  • Grande-Synthe : cette ville industrielle et pauvre du Nord de la France a engagé une véritable transition écologique, solidaire et démocratique en partie grâce au maire Damien Carême.
  • Gilets jaunes : les gilets jaunes permettent à plein de personnes qui ne s’exprimaient plus de puis longtemps de se réunir ensemble pour reprendre le contrôle de leur vie et de leur pays.
  • L’Autre Cantine : une cantine de solidarité auto-organisée pour venir en aide aux personnes qui ont faim à Nantes, en particulier les exilé.e.s (voir discussion alimentation)
  • Thomas Sankara : un leader révolutionnaire africain

Boris Eltsine, Longo Ma, Imaginons la suite du monde, Projet Koloj de coopérative immobilière, Le travail citoyen sur l’eau de Morlaix, la permaculture, Achat groupé d’appartement à Berlin…

Propositions

  •  Quoi ?

Prendre soin et partager la politique

Soutenir et alimenter la politique du quotidien

Construire une politique des quartiers

Instituer une assemblée des commun.e.s et des assemblées à l’échelle des quartiers pour mobiliser toutes les personnes

  •  Comment ?

Faire ensemble

Aller à la rencontre des associations et des AMAP

Ouvrir des espaces de discussion

Se réapproprier des espaces (parc café)

Communiquer pour élargir les cercles

Soutenir et porter des luttes, articuler les luttes et les demandes des habitant.e.s

Instituer des objets politiques

Construire un récit commun nantais

Rallier des mouvements ? Colibris ?

Cartographier les projets en commun

Faire des marches exploratoires

Cuisiner ensemble dans la rue

Agir dans les quartiers

Faire des vidéos pour les partager

Avec la mairie :

Transformer l’administration en communs

Orienter la commune vers les commun.s

Plus de détails dans la discussion « gouvernement municipal »

Pistes de discussion ouvertes

  • Réflexion autour de l’opposition entre l’intérêt général et le phénomène « Not In My BackYard », qui veut dire « Pas dans mon jardin » : à propos des personnes qui ne souhaitent pas un projet juste parce que ça les gênerait directement, mais qui se fiche que ça se passe chez les autres.
  • Lutter contre la destruction de notre milieu de vie et résister à la colonisation du monde vécu

Discussions sur ce thème :

Atelier : date à venir

Commission témoins :  date à venir

Discussions :  4 et 19 décembre 2018 au café de la Ribine, 25 rue Adolphe Moitié

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