ménagement de la ville en commun

L’enjeu principal pour nous est de fabriquer la ville ensemble et d’en prendre soin, tout autant que l’on prend soin de ses habitantes et habitants, de sa (bio)diversité et de sa personnalité. On s’oppose au fait que la ville soit faite par petit nombre de personnes, sur un modèle mondial financiarisé, nous enlevant notre droit à la ville. Nous voulons ménager plus qu’aménager, d’autant plus que, ces dernières années, ce qu’on appelle “aménagement du territoire” a davantage été une déformation de la ville qu’une organisation de l’espace au service des habitantes et habitants.

L’urbanisme est un des enjeux majeurs dans une ville. Aménager une ville c’est aménager la vie dans l’espace et les relations sociales.

Le support de discussion

Enjeux

Sortir de la tendance actuelle de la mairie qui est de “faire à la place des gens”, faire “pour les habitants”, faire le bien des gens malgré eux. Au contraire, il s’agit (re)donner aux habitantes et habitants une capacité/liberté réelle d’aménager la ville. L’enjeu est donc de se donner les capacités de façonner la ville et faire que la mairie se restreigne à une “politique de support”, de soutien et de régulation de l’aménagement mené par des communautés/collectifs d’habitants.  

Ceci implique de sortir d’une vision technicienne et réglementaire de la fabrique de la ville et au contraire, de réfléchir à l’ambition politique de la ville, la repolitiser. 

L’enjeu est de passer d’un aménagement “pour les (futur·e·s) habitant·e·s (que l’on cherche à attirer d’autres régions et d’autres pays)” à un ménagement “par les habitantes et habitants qui vivent ici et maintenant”.  
Ceci implique également de :
  1. Préserver l’âme et la personnalité de la ville, en prenant soin de celles et ceux qui y vivent
  2. Vivre dans un ville écologiste, qui ne se projette plus dans un monde aux ressources illimitées 
  1. Un égal droit à façonner/faire la ville et à y vivre, en particulier le quartier dans lequel on vit. Que les habitantes et habitants soient au coeur des décisions concernant leur quartier et qu’ils et elles puissent agir directement sur leur quartier. 
  1. Avoir une réelle information sur la fabrique de la ville, au niveau local 
  1. Pouvoir dire que la ville est à nous ! 
    1. Comment faire pour que les habitantes et habitants se saisissent véritablement de la vie de leur quartier et qu’ils se sentent en capacité de le faire ? 
    2. Quels moyens pour se sentir véritablement en capacité d’agir ? Comment retrouver une capacité d’agir sur son quartier ?
  1. Remettre en cause/questionner le consensus (mou) de l’attractivité qui semble être au coeur de la fabrique actuelle de la ville 
    Arrêter de faire en sorte d’être attractif, tout en restant ouvert 
  1. Faire de Nantes une ville conviviale, vivante accueillante pour toutes et tous, pleine de vie, dans chacun de ses quartiers
    1. Comment favoriser les rencontres et interactions humaines ?
    2. Comment faire en sorte que même les plus pauvres puissent rester en ville ? 
    3. Comment accueillir dignement les personnes migrantes ? 
    4. Comment faire en sorte que les femmes, les enfants, les personnes âgées, en mobilité réduite… se sentent bien à Nantes ?
    5. Comment mettre fin au phénomène d’exclusion des plus pauvres du centre-ville, puis de la ville ? 
    6. Comment démarchandiser la ville ? Comment sortir de la ville comme espace de consommation et de production pour une ville comme espace de vie et de coopération ? 
  1. Une ville qui ménage plutôt qu’aménage : une ville qui prend soin de l’existant et de ses habitantes et habitants, plutôt qu’une ville qui s’équipe pour attirer des populations aisées. 
  1. Quel devrait-être le rôle des habitant.e.s, du pouvoir municipal et de la technostructure, des pouvoirs privés (agence de com et de concertation, promoteurs immobiliers, constructeurs) dans la fabrique de la ville ? 

Notre diagnostic

Le maître-mot de l’action publique depuis 30 ans : l’attractivité – Pourquoi cette politique ? 

Nantes est en proie à un phénomène de métropolisation important. L’enjeu pour le pouvoir actuel est de faire de Nantes un pôle économique attractif. Et pour se faire Nantes doit redoubler d’effort car cette ville de l’ouest est loin du centre économique européen organisé autour de la dorsale européenne. Ces dernières années, Nantes a réussi à devenir une métropole attractive en France. L’enjeu pour les pouvoirs publics est désormais de rivaliser avec les autres métropoles européennes et d’attirer davantage de touristes et travailleu·se·r·s européens. Johanna Rolland s’est faite élire sur cette ambition : hisser Nantes au rang de grande métropole européenne. 
La politique de Nantes est alors centrée sur l’attraction d’entreprises. Les conséquences de cette politique se font d’abord ressentir sur la construction : Nantes a vu des centaines de bureaux et de quartiers d’affaire naître ces dernières années. Pour être attractif, l’offre de locaux commerciaux et de bureaux doit être supérieur à la demande afin que les prix soient faibles et que cela soient intéressantes pour des entreprises, notamment parisiennes, de se délocaliser à Nantes ou d’ouvrir des bureaux dans la ville. C’est donc dans une course à la construction que s’est lancée la ville de Nantes. 
Cette politique de l’attractivité se fait également au nom de la lutte contre le chômage, mais en réalité, les emplois créés, bien souvent, ne profitent pas aux populations les plus éloignées de l’emploi. On attire des entreprises du secteur tertiaire et avec, une main d’oeuvre diplômée et donc souvent plus aisée. La conséquence : une gentrification de la ville de Nantes et donc une exclusion de plus en plus forte des plus pauvres. 

Une politique de l’attractivité est une politique de croissance : on cherche à créer toujours plus d’emplois, peu importe lesquels, on veut faire croître nos villes pour qu’elles soient plus compétitives au niveau national et international pour concentrer plus de pouvoir et de richesses, en faisant fi des conséquences écologiques et la croissance des inégalités (si la majorité municipale actuelle tente de limiter les conséquences négatives de cette politique d’attractivité, elle ne remet pas en question ce qui les provoque). La tendance générale dans le pays nantais, en France et en Occident est une concentration des activités économiques dans les métropoles et une décroissance des villes moyennes qui perdent leur activité économique et leurs habitant.e.s (ici, on peut le voir avec Nantes et son agglomération qui grossissent sans cesse, tandis qu’Ancenis et Chateaubriand décroissent malgré elles). La conséquence : un monde rural et des villes moyennes qui se dévitalisent et une qualité de vie qui diminue drastiquement dans les grandes villes. Comment lutter contre ce phénomène de métropolisation qui n’a de sens qu’économiquement ? 

La métropole s’est bâtie sur des considérations purement économiques de concentration des richesses. Cette compétition entre les villes et la politique de croissance urbaine encourage une financiarisation de la ville : ce sont des investisseurs, tels que des banques, assurances, fonds d’État souverain, edge funds… qui investissent dans l’immobilier pour construire des bureaux. Ces acteurs réalisent de grosses opérations qui sont ensuite divisées en petites parts. → standardisation, du mono-fonctionnel en l’occurrence du tertiaire (peu de locataires), → adressé principalement à des grosses entreprises, en défaveur de petits artisans et commerçants, PME repoussés du centre-ville parce que locaux trop chers. 

La ville crée des territoires servants en périphérie où s’externalisent les fonctions supports (déchetterie, traitement des eaux…). On garde en ville les services à haute valeur ajoutée. Contraire à un modèle d’harmonie entre la ville/cité et le territoire qui la fait vivre. 

Nantes est (devenue) un pôle de production et de consommation et tend à ne plus être une ville si l’on considère que la ville est caractérisée par la diversité, l’altérité et l’urbanité, c’est-à-dire l’accueil. 
L’attractivité comme priorité est une inversion entre les fins et les moyens : on a fait d’un moyen une fin en soi, en abandonnant toute ambition de faire la ville sur le plan philosophique, politique, social et écologique. 

 

“Le projet urbain, c’est le développement économique”. La croissance urbaine est un objectif de politique publique, qui se fait dans l’intérêt des dominants.

Les leviers de l’attractivité : comment cette politique se met-elle en place ? 

  • On attire d’abord des investisseurs immobiliers qui construisent ce qu’il y a de plus rentables pour eux, à savoir des bureaux et espaces commerciaux. Ces investisseurs, ce sont les banques, les assurances, les fonds d’État souverain, les Edges Funds… → Font du tertiaire comme partout, c’est-à-dire des immeubles avec peu de locataires, peu de mixité,… très standardisés. 
  • Politique d’accueil généreuse auprès des entreprises
    • construction de nombreux espaces de bureaux pour l’activité tertiaire : on maintient une offre supérieure à la demande afin de garantir des prix très accessibles aux entreprises. 
    • Par ailleurs, Nantes métropole consacre plus de 180 millions d’euros de son budget pour l’attractivité et le développement économique : 21% du budget en directement consacré au développement économique
  • Développement du tourisme à l’international via la culture et le développement de l’industrie  culturelle et créative : 
    • la ville de Nantes a utilisé la culture comme un moyen d’être une ville attirante et attractive. Le problème : on a fait de la culture une attraction. L’emblème de cela, ce sont les machines qui sont passées d’oeuvre d’art à attractions avec un vernis culturel. Le voyage à Nantes est une délégation de service public, du service du tourisme. Le VAN est donc bien considéré comme une politique touristique, on a fait de la culture du tourisme. Par ailleurs, d’après le rapport du VAN de 2017, le VAN a pour cible principal les CSP + (catégories socio-professionnelles supérieurs) venant de Paris et des villes du grand ouest, susceptibles de revenir plusieurs fois dans l’année et qui vont dépenser de l’argent. Le VAN est une politique dont l’objectif premier est l’attractivité de Nantes métropole. 
      • Au sujet de l’Arbre au Héron, interview de Pierre Oréfice et Delarozière, le 31 juillet 2016 dans les Inrocks : “Ce n’est pas uniquement faire rêver, c’est aussi pour que Nantes devienne plus attractive, soit visible du monde entier et pour amener les touristes à Nantes”.  L’arbre symbolise “la puissance, l’origine et l’élévation”. On mêle le projet urbain et le projet artistique, comme on l’a fait avec l’éléphant.  
      • Nantes, ville créative ? Théorie des classes créatives avec cette idée de ruissellement (on cherche à attirer des classes créatives qui vont créer des emplois autour de leurs besoins et envies). La théorie des classes créatives vient de Charles Laudry en Angleterre et Richard Florida aux États-Unis, dans les années 2000 et vise à identifier les leviers permettant d’attirer telle ou telle population pour gentrifier la ville. Cette théorie a fait florès et on a embauché des personnes qui faisaient la promotion de cette théorie, notamment à la Samoa.

 

  • Marketing territorial pour attirer de nouveaux habitant.e.s, en particulier une main d’oeuvre qualifiée
    • Discours marketing qui prend un certain élan dans les années 1990 avec Jean-Marc Ayrault et “l’effet côte ouest”, et avec le TGV qui rapproche Nantes de Paris
    • Publicité institutionnelle omniprésente dans la ville (pour les “Grands Débats”, pour les gros événements, pour certaines politiques publiques,…) 
    • Publicités dans le métro parisien pour mettre en avant Nantes 
    • Le Voyage à Nantes est devenue une entreprise de communication autour de Nantes, ville culturelle avec la mise en avant de l’éléphant comme emblème de la ville, la multiplication de labels,  “Nantes ville culturelle”, “Nantes capitale verte”… mais des budgets culturels centralisés autour de gros acteurs culturels, et une culture davantage adressée au tourisme qu’aux Nantaises et Nantais. 
    • La démocratie participative ou “dialogue citoyen” utilisé comme marketing de la ville qui soigne son image de ville ouverte, à l’écoute. 
  • Le logement
    • Les logements à Nantes sont très attractifs parce que moins coûteux, pour des Parisien.ne.s qui veulent quitter la capitale : l’arrivée de cette population à Nantes participe de l’augmentation des prix du loyer et de l’achat de logement, en faveur des propriétaires immobiliers nantais. Voir les enquêtes du Monde : “Les jeunes cadres urbains veulent vivre au pays des vacances”  et “Nantes, c’est le nouveau Montreuil” : parole de Parisiens qui ont fui “la capitale de l’invivable” 
    • Pour susciter ou répondre à l’augmentation du nombre d’habitant.e.s, la métropole a pour objectif de construire chaque année 6000 logements neufs. Le but est également de maintenir une offre et une demande équivalente pour empêcher une augmentation des prix du logements. De plus, la métropole dit faire le choix de la densification urbaine, plutôt que celui de l’étalement. En réalité, on continue à artificialiser des terres pour y construire des logements… (dans une moindre mesure par rapport à d’autres villes ?)
    • Néanmoins, les prix augmentent, la ville de Nantes est devenue la 5e ville la plus chère de France (hors Paris) : “Si le neuf ne bouge pas, le prix médian d’un appartement ancien (143.000 euros) progresse lui de 5,6 % en un an, et 10,2 % en 5 ans. Pour les maisons, la flambée est encore plus impressionnante : 5,9 % en un an… et 25 % en 5 ans” (source). 
    • La demande de logement social est largement supérieure à l’offre : 30 000 demandes en attente en 2018. Et les logements sociaux neufs sont plus chers et participent de la gentrification. Ce choix tarifaire, dans un but de mixité sociale a pour conséquence de créer des “banlieues” attractives, propres et policées, où les pauvres ne se sentent plus à leur place, et s’éloignent de Nantes.  + problème de la sous-représentation des habitant.es. des logements sociaux (10% de participation aux élections), hors les syndicats de locataire ont un pouvoir non neutre sur les orientations des organismes HLM.
      Parmi les 30 000 demandes, 17 000 concernant les primo-accédants, dont 8 000 sont classés prioritaires (Philippe Gallis). 
      Une partie du problème est que l’on détruit des logements sociaux dans les quartiers populaires (dans le cadre de plan de rénovation urbaine) et on ne compense pas. Dernière exemple : les bâtiments de la place des Lauriers où on reconstruit moins de bâtiments détruits, et les Bernardières où les personnes ont parfois été relogées en dehors de Nantes. 
    • La politique de rénovation urbaine à Nantes a pour objectif de rendre les quartiers et logements “plus attractifs” et d’y mettre plus de “mixité sociale”. Cette mixité sociale implique de faire s’installer des personnes de classe moyenne dans ces quartiers populaires (assez peu dans l’autre sens). La conséquence bien souvent de cette politique est la gentrification : les habitant.e.s de ces quartiers ne se sentant plus chez eux et elles, décident de s’en aller (sans compter le fait que les logements sociaux rénovés deviennent trop chers pour ces habitant.e.s) 
    • Voir le Plan local d’habitat voté en décembre 2018 pour 2019-2025 : qu’en penser ?
    • En France, plus généralement, les bailleurs sociaux publics sont en difficulté grandissante, notamment à cause de la baisse des APL (qui a été compensée par une baisse des loyers) et par la loi ELAN (loi pour l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) de 2018, qui inclut la déréglementation du logement social avec le regroupement obligatoire des bailleurs sociaux, pénalisant les bailleurs sociaux de moindre taille, en particulier les bailleurs publics. 
  • Métropolisation : création de nouvelles institutions métropolitaines avec des compétences mutualisées, nécessairement plus éloignées des habitantes et habitants. 
Nantes métropole par exemple détient des compétences suivantes : transport, énergie, aménagement, l’attractivité économique, déchets, eau, bref, tous les aspects essentiels de la vie d’une ville. Voir l’organigramme de la ville de Nantes, des services communs à la ville et la métropole, et de la métropole. 

Les conséquences de l’attractivité sur la ville : 

  • La ville grandit à vitesse grand V, follement. Une croissance urbaine qui dépasse tout le monde. Artificialisation croissante des terres, dont les dernières terres agricoles (terres agricoles de Doulon, Babinière pour un quatrième centre de maintenance des rames de la Tan, nouveaux hypermarchés,…) 
  • La construction de bâtiments pour un seul type de demande (des bureaux et espaces commerciaux pour activités tertiaires) exclut les PME et les artisans du centre-ville. D’autant plus que les locaux commerciaux, notamment en bas d’immeubles, sont de taille importante, donc trop chers pour des petits commerces ou artisanat. 
  • La ville se transforme en ville spectacle, s’opposant au désordre inhérent à une ville vivante et populaire : 
    • Déculturation : ville qui se développe non pas pour ses habitantes et habitants, mais pour son image et pour des consommateurs extérieurs, ponctuels. 
    • Privatisation d’espaces publics pour financer cette image coûteuse
      Dans la logique de l’attractivité : marchandisation de l’espace public (Yello Park : un bout de ville (23 hectares) offert à un acteur privé), multiplication des zones commerciales en centre-ville (concentration de la vie de la ville en centre-ville) et croissance des dispositifs sécuritaires (adoption et multiplication de la vidéo-surveillance, voir à Commerce). –> on cherche à faire des espaces publics “attractifs”, qui coûtent très chers. Pour financer en partie ces espaces publics onéreux, on en vend certains à des promoteurs immobiliers. 
  • Politique de densification de la ville (avec un discours binaire : densification versus étalement urbain) : maintenir une offre supérieure à la demande pour conserver des prix bas (6% environ de logements vacants à Nantes ; nombreux locaux commerciaux vacants). + Densification à moindre coût : béton privilégié. 
  • Des logements de plus en plus chers et de moins en moins accessibles : ==> Exclusion 
    • Nantes est devenue la 5e ville la plus chère de province en termes de logement (sur l’ancien) avec de grands écarts (1000€) dans les prix au mètre carré en fonction des quartiers. En 2011, prix moyen de l’ancien 2438€/m2 contre 3849€/m2 en 2019 soit une augmentation de 50% en seulement 8 ans ! (augmentation de 6% en 2018)
    • Loyers qui augmentent également significativement. Évolution sur l’année : + 9,9%
    • La politique de rénovation urbaine a pour conséquence d’augmenter de prix des logements. L’exemple de Malakoff est en ce sens parlant. 
  • Phénomène de gentrification : les populations les plus pauvres toujours repoussées plus loin du centre-ville, appauvrissant les territoires ruraux et faisant une pression sur le logement social dans ces territoires, ainsi que les services sociaux et transports en commun qui ne suivent pas (voir ce qu’a notamment mis en lumière la crise des gilets jaunes) 
    • Nantes République (sur l’île de Nantes)
    • Malakoff avec le Grand Projet Ville : “on est passé d’un village populaire vivant à un quartier mort, bétonné. On est passé du ménagement de la ville par ses habitant.e.s à l’aménagement de la ville par la ville et les constructeurs”
  • Un centre-ville qui se transforme centre commercial, un lieu de consommation au prix de la convivialité et de la possibilité de s’approprier la ville 
    • Une ville que les Nantaises et Nantais d’origine ne reconnaissent plus (sentiment d’une perte d’identité) : 
      • “Je ne reconnais plus ma ville” ; “Nantes perd son identité et sa convivalité”
      • La perte d’identité vient notamment de l’hyperdensification, de la destruction d’une partie du patrimoine nantais (vieilles maison nantaises)
  • Conséquences de la métropolisation : alourdissement de l’administration, éloignement des citoyen.ne.s et technocratisation. 
  • Une ville qui se densifie, posant des problèmes écologiques majeurs :
    • de plus en plus de voitures : problème qualité de l’air 
    • croissance de la construction avec des matériaux peu écologiques parce que énergivores et peu durables (béton) 
    • standardisation de la forme de la ville : grands immeubles dits “modernes”, en béton, avec des cages à lapin… 
    • une ville “lisse” “mignonne” et donc excluante et de moins en moins conviviale (rénovation des places Royale, Graslin et Bouffay, vie nocturne de moins en moins animée, fermeture d’espaces publiques pour lutter contre leur occupation par des populations “indésirables” (ex du jardin des Fonderies, du square Vertais, mais aussi marginalisation et attaques de la mairie contre  la Nizanerie….) 
    • artificialisation des dernières terres agricoles (exemple le plus probant : Doulon-Gohard)

Rénovation urbaine pour des quartiers à “l’image renouvelée”, plus “attractifs et agréables à vivre” 

Les quartiers concernés par le NPNRU, le nouveau programme de rénovation urbaine sont : Bottière Pin-Sec, le Grand Bellevue (à cheval sur Nantes et Saint-Herblain), Nantes Nord et la fin de la rénovation urbaine des Dervaillères, ce qui concerne 40 000 habitant.e.s. L’ANRU finance la rénovation de ces quartiers à hauteur de 158,5 millions€. L’investissement total est de 568,9M€ jusqu’en 2016. Nantes métropole, Nantes et St-Herblain ajoute à cette enveloppe 236M€. 
On peut parler de politique de “rééquilibrage de populations” au nom de la mixité sociale. Les instruments de la rénovation urbaine sont : la diversification de l’offre de logement (pour attirer les classes moyennes) et la transformation morphologique de ces quartiers vers une “banalisation ou normalisation du pays urbain” (taille des immeubles, liens renforcés avec le reste de la ville) [voir à ce sujet : E. Bellanger, A. Collet, F. Desage et P. Gilbert]. 
Le problème majeur de cette politique dite de rénovation urbaine est le phénomène de gentrification qui l’accompagne. Le Grand projet ville de Malakoff des années 2000 en est une illustration : en construisant des bureaux pour des activités tertiaires et des logements privés, la population du quartier a changé et une partie des habitant.e.s ne se sont plus senti.e.s chez eux et ont décidé de quitter le quartier. 
 
De plus, certaines populations sont relogées dans d’autres quartiers à cause de destruction de logements (dernier ex : les Bernardières dans le cadre du projet du Grand Bellevue). [le PNRU imposait/impose des destructions de bâtiments pour obtenir des fonds]. 
La rénovation urbaine des quartiers par la transformation du bâti est apportée comme réponse aux problèmes sociaux de ces quartiers au détriment d’approche sociale, plus humaine et davantage centré sur un soutien aux communautés. 
Financement de projets qui vont vers plus de lien social ? (cf. Bottière Pin-Sec où le mouvement Grand Place demande un café associatif, le maintien de la ressourcerie éphémère). 
La politique d’attractivité détourne des enjeux sociaux dans les quartiers populaires : voir Gilles Pinson, Gouverner la ville par projet qui explique que Ayrault s’est détourné de la politisation des quartiers populaires pour se concentrer sur l’aménagement et la reconversion de l’île de Nantes. 

Une ville qui devient un centre commercial à ciel ouvert

Multiplication outrancière des zones commerciales dans le centre-ville : passages-centres-commerciaux, projet Bonne garde/rue du chapeau rouge, projet autour de l’éléphant, place de la petite Hollande… Le Plan local d’urbanisme métropolitain (PLUm) prévoit 30 à
35 000m2 de surfaces de vente supplémentaire d’ici 2030. 
De même, le PLUm prévoit des extensions des surfaces commerciales en dehors du centre-ville (+ 50 à 65 000 m2 de surfaces de vente supplémentaires d’ici 2030 autour des centres commerciaux comme Atlantis, Atout sud…)  sur la métropole d’après le PLUm. 
L’extension de ces zones commerciales se fait au profit des franchises et grands magasins. 
Quelques conséquences / symptômes : 
  • toujours plus de franchises, de restaurants, des galeries souterraines qui s’agrandissent (passage de la Châtelaine), des terrasses toujours plus étendues (Bouffay !),
  • Des squares qui se transforment en magasins ou en parcs d’attraction : square Fleuriot, square Daviais, carrière Miséry, les bas de Chantenay… 
  • De plus en plus de publicité en ville : apparition d’écrans dans la rue et dans certains espaces publics comme la gare ; de plus en plus d’encarts publicitaires ; habillage publicitaire des tramways, occupation de l’espace public par des entreprises qui distribuent de la pub ou font des dégustations… 
  • Et en parallèle, de moins en moins de lieux où s’asseoir sans consommer (Bouffay, place Royale…), de lieux pour faire la fête jusque tard dans la nuit ou encore de lieux pour parler politique ou autre. De moins en moins de friches ou espaces vides appropriables par les habitantes et habitants, par des artistes,… 
  • Places publiques utilisées comme parking 
  • Si le centre-ville est vivant, la vie de quartier en périphérie est morte 
  • “Nantes tourne le dos à son passé en refusant d’effectuer des fouilles archéologiques” : les fouilles archéologiques se font à la va-vite pour ne pas retarder des projets d’aménagement de zones commerciales (ex du Square Fleuriot dernièrement)  

Une ville lisse, musée qui prescrit les usages de ses habitant.e.s

  • Des espaces publics de moins en moins appropriables et excluants : Graslin et ses restos de luxe plutôt que les marches de l’opéra comme haut lieu de rendez-vous ; 
  • Standardisation esthétique des espaces publics ; aspects sécuritaires renforcés ; l’exigence du “mignon” 
  • Pire, l’appropriation de l’espace public est même mal vue, rejetée : la Nizanerie, on retire des arbres fruitiers plantés par des habitant.e.s (tout en tenant un discours de la nature en ville)… 
  • Des espaces publics faits pour le tourisme et la consommation
  • usages programmés, ville programmée 

La “Coconstruction de la ville” ? – Mise en scène d’une démocratie participative 

Jean-Marc Ayrault est arrivé à la tête de la ville de Nantes en 1989 avec programme de démocratie participative, au nom du droit à la ville. 

Depuis, on parle de Dialogue citoyen, qui est une politique publique complexe, de par les nombreux moyens de participation, en ligne et hors ligne. 

CE QUE LA VILLE MET EN PLACE EN TERME DE PARTICIPATION : LA POLITIQUE DU DIALOGUE CITOYEN

La ville de Nantes et Nantes métropole disent “construire la ville avec les habitants” , ce n’est pas co-construire la précision de langage est riche, avec un “dispositif de dialogue citoyen”. Le Dialogue citoyen est une politique publique de la ville depuis 2008. En 2008, une Charte du dialogue citoyen a été publiée, reconnaissant un égal droit d’accès aux instances consultatives.
Problème en termes d’accès à l’information au niveau local : où avoir l’information ? au niveau de la mairie ? de la mairie annexe ? de Nantes Métropole ?
Certain.e.s habitant.e.s tentent d’obtenir des info (par exemple sur des projets pour leur quartier, des travaux en cours). Info non accessibles. Nantes Passion communique souvent sur un projet lorsqu’il arrive à sa fin. Le site internet du dialogue citoyen, Nantes&co est incomplet. 
Voir critique de la participation citoyenne actuelle à la page 18de ce document : http://www.nantes-amenagement.fr/wp-content/uploads/2018/10/Avis-citoyen-Cap-44.pdf
  • Les différents moyens de participer, de partager ses idées au niveau de son quartier sont Nantes&Co (site en ligne), les rencontres de quartiers, le bureau des projets et des lieux d’animation. Ainsi que les conseils citoyens mis en place par la préfecture et la mairie.
  • Pour “participer à la construction des politiques publiques” 
    • Les Grands débats du mandat 2014-2020 : “Nantes, la Loire et nous”, “le grand débat sur la Transition”, “le grand débat sur la longévité”. Ce sont des débats métropolitains. Les précédents : 2008 celui sur la gestion de l’eau potable ; 2010, Nantes 2030, ma ville demain, organisé par l’AURAN
    • Les conseils nantais, conseils thématiques qui réunissent la Ville, citoyen.ne.s, associations et monde économique. Thématiques : accessibilité universelle, citoyenneté des étrangers, égalité femmes/hommes, biodiversité et nature en ville, vie nocturne, réussite éducative, jeunesse, patrimoine, société civile verte
    • Conseils métropolitains : conseil métropolitain des acteurs économiques, conseil des usagers de l’espace public. 
    • Les ateliers citoyens tout au long de l’année
    • Les appels à projets : deux devraient être lancés d’ici 2020… Thème du premier : “les usages et la valorisation des friches vertes” 
    • Il y a également 1 million de budget participatif à Nantes, vote en ligne. 
    • on fait comment? les structures ci dessous ne sont pas joignables par un individu nantais même déterminé
  • Les dispositifs phares du Dialogue citoyen :  “Ma rue est un jardin”, CartoQuartier, les “15 lieux à réinventer’, le “Grand débat sur la Loire”, Wikipatrimoine : “encyclopédie vivante” collaborative autour du patrimoine nantais (avec une appli mobile normalement).
    Mais ces dispositifs ne concernent jamais les grands projet d’aménagement qui reconfigurent la ville en profondeur. On donne la parole aux habitantes et habitants sur des sujets non stratégiques.

 

PROBLÈMES DES CONCERTATIONS SUR LES PROJETS D’URBANISME
  • Les dispositifs mis en place par la ville ne concernent pas les plus gros projets d’aménagement 
  • La concertation se fait dans un cadre défini qui ne peut être remis en question ou discuté. 
  • Les concertations ne se font qu’en amont et sont trop peu nombreuses en particulier pour des projets de très grande ampleur qui s’étalent parfois sur 10-15 ans. Il n’y a pas de concertation continue pour discuter du projet, de sa raison d’être, puis de ses composantes. 
  • Mise en scène d’une démocratie pseudo participative avec une parole d’expert.e dans une novlangue face à une parole “profane”, humiliée par la mise en scène, le vocabulaire employé… 
  • De plus en plus d’habitant.e.s se sentent berné.e.s par les concertations organisées par la ville : “tout est déjà décidé d’avance”, “on est consulté seulement sur la couleur des vases”… 
  • Exemples/témoignages de concertations dans lesquelles on a fait sembler d’écouter les habitant.e.s participant.e.s : 
    • Les berges de Beaulieu (dans le cadre de la Rénovation urbaine du quartier) 2014-2015 : les gens sont venus à cette concertation avec des préoccupations qui ont été contournées par les élus (élu en question : Alain Robert). On disait aux habitant.e.s que les problèmes qu’ils ou elles soulevaient n’étaient pas les plus importants pour le quartier (“le vrai problème c’est….”) 
    • Concertation sur les bibliothèques : 80 idées ont émergé de l’atelier (sur des post-it) et à la fin on nous a dit qu’on avait 5 points à répartir pour voter pour les idées qui nous plaisent le plus. La séance était animée par des étudiants de l’école de design. Les animateurs ont elles et eux aussi participé au vote ! Voici ce qu’il en est ressorti : la création d’un badge “je suis disponible pour raconter des histoires” ! Tout ça pour ça. 
    • À Doulon, on a assisté à une concertation sur la ligne du C3. Tout est déjà dessiné et on nous “mais on vous concerte, c’est important”. 
    • Concertation pour la construction d’écoles et d’un collège dans le quartier de Chantenay : on a fait un super travail, les ateliers étaient très riches. Mais à la fin, on nous a dit qu’on n’y connaissait rien aux normes et donc que ce n’était pas à nous de faire le cahier des charges. Résultat : absolument rien n’a été retenu. Le directeur de l’école qui a chapeauté la concertation n’a même pas été invité à l’ouverture de l’école. 
    • Le plus bel exemple de démocratie participative bafouée aura été celui du Yello Park : il a fallu que des habitant.e.s face pression pour obtenir une véritable concertation sur le projet et un encadrement de la CNDP (commission nationale du débat public). Là encore, les débats ne portaient pas sur la raison d’être du projet, mais sur les détails de ce projet. 
      • sur le projet immobilier, lors de la première concertation, une centaine de riverain.e.s étaient présent.e.s, répartis par grandes tables. Les promoteurs immobiliers, architectes, paysagistes, Nantes métropole aménagement, ont eu la parole à tour de rôle pendant plus d’une heure. Sur chaque table étaient disposés les plans déjà très avancés du nouveau quartier (il faut rappeler que le projet s’est fait en catimini et que les choses sont allées très vite après l’annonce du projet par la maire). Après quoi, les participant.e.s disposaient d’une heure pour discuter entre eux d’une à trois questions à poser aux personnes sur l’estrade. Une seule personne pouvait prendre la parole pour poser la ou les questions. 

Ville genrée, faite par et pour les hommes

  • De nombreuses installations sportives en libre accès sont utilisés par les hommes : skate parks, terrains de foot et de basket 
  • Budget genré de la ville : la plupart des équipements publics sont pour les hommes ; les loisirs financés par les villes concernent principalement les garçons 
  • Les boulevards, les places, la plupart des rues portent des noms d’hommes, de militaires, de batailles…. –> univers masculin et guerrier
  • Très peu de toilettes publiques mais de plus en plus d’uri-trottoirs pour les hommes uniquement
  • Harcèlement de rue :  la femme dehors la nuit est vue comme une femme objet, “prenable”. 
  • Présence essentiellement masculine dans les bars 

La question de l’accueil 

Une ville est accueillante lorsqu’elle offre des bancs pour s’asseoir, des toilettes publiques propres, des fontaines pour boire de l’eau, lorsqu’elle est propre et lorsque l’on ne s’y sent pas exclu·e
  • Très peu de bancs, mais de plus en plus de “banc” une place pour empêcher à des personnes de s’allonger
  • Peu de toilettes publiques (mais de plus en plus d’uri-trottoirs) 
  • beaucoup de places servant de parkings : Viarme, Petite Hollande, Talensac, place Dumoustier, petits places… 
  • Fontaines à eau dans les parcs seulement (surtout dans les aires de jeux pour enfants) 
  • Concentration des personnes sans-abris sur l’île de Nantes notamment à travers le projet des cinq ponts : forme d’exclusion ?

 

Nos inspirations

Théories et concepts intéressants

  • “Ménager la ville” est une expression de Michel Marié dans les années 1970. On pourrait penser que la volonté de ménager, de préserver un certain patrimoine est à une position conservatrice, en réalité, derrière l’idée de ménager l’existant il y a une volonté de prendre soin également des populations. Exemple de la rénovation du quartier Bretagne : on métamorphose le quartier, on le tue au nom de la modernité et d’une lutte contre l’insalubrité.  Au contraire, un mouvement pour ménager la ville implique une lutte contre les démolitions systématique, pas seulement pour le bâti, mais aussi et surtout pour les personnes qui y vivent. Cela fait également écho au mouvement “recupero” à Bologne, en Italie dans les années 1960 : une liste de jeunes communistes prend le pouvoir avec l’idée de faire la ville avec l’existant
  • Jan Gehl – une ville pour les gens, une ville à échelle humaine (5km/h).
    Depuis 2000, Jan Gehl exerce en tant qu’architecte-urbaniste. Auparavant, il a enseigné et fait de la recherche dans ce domaine. Il s’intéresse aux interactions entre la vie et la forme construite. C’est grâce à sa femme, psychologue, qu’il s’est intéressé aux gens, à l’observation de leurs activités dans les espaces publics. Il se donnait alors pour mission de rendre visible la vie auprès des architectes et décideurs publiques pour que les personnes soient prises en compte.
    Il est très critique du fonctionnalisme urbain et plus généralement de l’urbanisme des années 1960 qui a permis l’invasion par la voiture des villes et le modernisme à grande échelle. La conséquence de ce modernisme était une construction des villes vues d’en haut, qui ne tenait pas compte de l’échelle humaine.  Il parle de “syndrome Brasilia” : cette ville était vue comme une merveille, vue d’en haut, sauf qu’elle n’avait pas été penser ne serait-ce que pour marcher !

     

    Au contraire, il prend l’exemple du plus vieux quartier de Copenhague qui n’a aucun intérêt en terme d’architecture moderniste (les maisons sont alignées et se ressemblent sensiblement vu d’en haut), mais dans lequel la vie se développe : les enfants jouent dans la rue, les gens s’y baladent ou s’arrêtent sur un banc… 

    Pour lui, l’architecture “en avion”, les collections de tours, l’invasion de la voiture… ont tué la vie en ville.

    Jan Ghel propose un autre paradigme : s’occuper d’abord de la vie, puis de l’espace, puis des bâtiments. Ce nouveau paradigme s’appuie sur trois aspects : 

    • une ville animée et habitable 
    • une ville durable 
    • une ville saine

      Pour arriver à ces trois objectifs, Jan Gehl identifie 12 critères de qualité d’un espace public autour de :

    • la protection de base (des voitures, du vent, de la pluie…),

    • du fait de se sentir à l’aise sur la place (le confort) pour y rester (le fait de pouvoir marcher, parler, regarder, s’asseoir, rester debout… et éventuellement jouer ou faire du sport)

    • le fait d’apprécier le lieu, esthétiquement et sensoriellement, et de ne pas se sentir perdu mais d’avoir des éléments à échelle humaine (pas de bâtiment trop grands, beauté du lieu, éléments adaptés au climat comme de l’ombre dans une ville où il fait très chaud).  

 

  • Sur la politique de la ville, selon certains chercheurs il existe deux modèles d’action dans les quartiers populaires et ailleurs : [voir à ce sujet : E. Bellanger, A. Collet, F. Desage et P. Gilbert ]  
    • le modèle communautaire de développement social dans les quartiers 
    • rééquilibrage de la population via l’action sur le bâti et l’environnement urbain
      Les postulats de départ sont que le bâti peut régler les problèmes sociaux et que les problèmes de ces quartiers sont dûs à une trop grande concentration de la pauvreté. Par conséquent, on décide de rénover des quartiers, en en détruisant 
      –> s’inspirer du modèle communautaire de développement social dans les quartiers ?
  • Community organizing : cette méthode de politisation dans les quartiers populaires développées par Saul Alinsky est un modèle communautaire de développement social : il s’agit de (re)créer une puissance d’agir politique à partir de problèmes individuels et de peu à peu aller vers des mobilisations plus politiques (par ex : faire du porte-à-porte pour demander aux gens les problèmes qu’ils ont dans leur logement, comme les poubelles, la rénovation de l’immeuble… et de mobiliser les personnes une à une pour créer un collectif qui fera des revendications auprès du propriétaire ou bailleur social : le but est d’obtenir d’abord de petites victoires pour se sentir en capacité d’agir et aller vers des combats politiques plus grands). 
  • Les associations de voisinage en Espagne qui ont émergé pendant le règne de Franco qui avait alors interdit les partis politiques. Ces associations étaient notamment des espaces investis par les militant.e.s de gauche. Ces associations (AVV) étaient et demeurent des espaces pour faire de la politique en dehors des institutions et changer des choses directement par la force du collectif. 
  • Rob Hopkins et les villes en transition 

Ce qui se pratique à Nantes et dans d’autres villes :

La Nizanerie et la rue Paul Nizan à Nantes :

une rue appropriée par ses habitantes et habitants à travers la culture d’un potager, la mise en place d’un micro-marché, l’organisation d’événements culturels et de débats au cours desquels des personnes très différentes se croisent, se rencontrent et échangent. La rue Paul Nizan est une rue conviviale dans laquelle la vie est à la fois simple et riche. 

Notre-Dame-Des-Landes :

exemples intéressants en terme de diversité des usages au sein d’un même espace, de diversité dans les façons de vivre et d’habiter, en terme d’auto-construction.

Mulhouse et les THC, territoires hautement citoyens 

Délégation des concertations/consultations à une Agence de la participation qui est un organisme para public indépendant (s’occupe de l’organisation et de l’animation des RDV et des compte-rendus). 

Lille et les Ateliers populaires d’urbanisme : un syndicat du cadre de vie 

L’histoire : “Au début des années 1970, pouvoir local et patronat s’engagent dans une vaste entreprise d’hygiénisme social. L’objectif : rénover l’habitat de ce quartier populaire pour attirer les classes moyennes. Mais rien ne se passe comme prévu. À l’initiative de militant-es chrétiens de gauche (issus de la JOC et de l’Association Populaire des Familles), le fameux couple Leman en tête, d’activistes maoïstes et d’habitant-es de l’Alma, l’Atelier Populaire d’Urbanisme (APU) voit le jour. Il refuse la perspective de vivre dans des « cages à lapins » – censées remplacer les courées – et cherche à préserver l’identité ouvrière du quartier.” 
Fin 1977, la municipalité est contrainte d’acter la rénovation du quartier selon les plans établis par l’APU : c’est une victoire sans précédent
 
  • « L’APU ne représente pas les habitants, il est les habitants ».
  • Les APU lillois sont nés de luttes contre des projets d’urbanisme qui impliquaient notamment l’expulsion de certaines populations : le premier APU, du Vieux-Lille a eu le soutien d’un groupe de technicien (envoyé par l’État) et a pu bâtir un contre-projet à celui de la mairie 
  • Les APU ouvrent des espaces permettant aux habitants de venir parler de leur problème individuel et de trouver des solutions collectives : même principe qu’un syndicat 
  • L’APU du Vieux-Lille, chose rare, reçoit de subventions de fonctionnement de la part du Conseil Général, de la Ville de Lille, du Conseil Régional et de la Métropole lilloise
  • Reprennent les techniques d’animation de l’éducation populaire 
  • Ce qu’ils font : 
    • défendre et accompagner les familles dans leurs galères de logement.
    • informer et mobiliser les habitant.e.s. sur la vie et les transformations du quartier
      • des cantines populaires, chaque lundi midi à prix libre
      • des ateliers thématiques collectifs autour des problématiques rencontrées par les habitant.e.s (prévention et lutte contre les expulsions ou l’habitat indigne, soutien aux collectifs d’habitant.e.s mobilisés sur le quartier…)
      • une bouquinerie, lieu ressource sur les questions d’habitat et d’urbanisme
      • un journal (Le Triton libéré) diffusé dans tout le quartier, présentant les actions de l’APU Fives et les mobilisations locales
      • des balades urbaines festives permettant de partir à la découverte du quartier, de ses luttes et de ses enjeux passé.e.s et actuel.le.s
      • Une émission de radio diffusée chaque premier samedi du mois à 12h30 sur Radio Pastel (99.4 FM) et que vous pouvez réécouter sur notre site !
L’APU du Vieux-Lille a également  créé une “régie technique” : “un espace où tous les dysfonctionnements du quartier (fuites d’eau dans les logements, ascenseurs en panne, éclairage, saleté, etc.) peuvent être recensés et réglés. On remplace les gardiens d’immeubles par des habitants-salariés chargés de traiter ces soucis qu’ils connaissent de première main, ce qui permet de faire travailler des gens jugés peu employables ailleurs. Surtout, on en profite pour politiser le quotidien en montrant que les troubles vécus sont liés à des problèmes structurels et à des choix politiques” (cf article de La Brique)

Aménagement de places dans quartier populaire par les habitant.e.s à Strasbourg 

Exemple d’Horizome, association d’architectes qui ont aidé les habitants d’un quartier populaire à aménager eux-mêmes une place de gravier du quartier (auto-construction d’un square, jardins partagés animés par des habitants du quartier,…) 
Ils ont commencé en faisant du porte-à-porte pour demander aux habitants ce qui les embêtaient, ce dont ils avaient besoin et envie (inspiration “Community Organizing”) 

Autres exemples :

  • Grande-Synthe : pour son accueil des personnes réfugiées et pour une écologie sociale, populaire (jardins ouvriers, transports scolaires en calèche,…) 
  • Grenoble : plus de panneau publicitaire en ville,… 
  • Trémargat  : village breton où les habitantes et habitants construisent et aménagent eux-mêmes certains espaces du village, notamment le centre-ville afin de faire des économies (et de renforcer, par la même occasion, la cohésion entre les villageois.es)
  • La définition du Plan local d’urbanisme de Saillans, en mode complètement participatif ? (à creuser)

 

Sur le logement :

Les Community Land Trust en Belgique  : le CLT Bruxelles

Principe qui vient des USA, années 1960 et qui a pour principe une réappropriation de la terre en tant que bien commun – selon le slogan d’Henri George : “il faut que la terre devienne propriété commune” 
Le CLT Bruxelles (premier CLT d’Europe) se définit comme une organisation sociale, gérée démocratiquement, sans but lucratif, destinée à acquérir et gérer des sols en propriété pour le mettre à disposition de logements accessibles aux familles à faibles revenus et à d’autres usages (services, activités, espaces collectifs…). L’objectif ambitieux du CLTB est de muer le foncier en une propriété collective et un bien commun ainsi que de rendre les logements construits durablement accessibles au plus grand nombre.
  • Principe de séparation du foncier et du bâti :
    • Le sol du bâti est la propriété d’une association, d’un Community Land Trust (CLT)  qui s’occupe de la construction et vend les logements à particuliers (la décorrélation sol/bâti fait que le logement est moins cher) 
    • Les habitants achètent les logements et sont aidés à l’accès à la propriété en fonction de leurs revenus ; les prix des logements sont plafonnés (empêchement spéculation immobilière) 
    • Les habitant.e.s disposent de baux emphytéotiques de 99 ans (et à chaque fois qu’il y a une cession ou un héritage le bail est renouvelé pour 99 ans) 
    • Le CLT a un double statut, celui de ASBL (association sans but lucratif), qui porte les démarches et les procédures et celui de Fondation d’utilité publique pour la propriété des terrains ou bâtiments. Sous la propriété de la Fondation, les biens sont sécurisés et gardent leur aspect non-spéculatif.
      • Une fois le projet livré, le CLTB reste propriétaire du terrain et perçoit de chaque ménage un loyer mensuel symbolique de 10€ lui permettant de garder un pied dans la porte des logements. De cette manière, le CLTB est légitime pour observer les problèmes, contrôler les règles de vente et se rend disponible pour tout besoin de conseils et d’accompagnement.
  • Le logement garde la même valeur, ce qui permet de lutter contre la spéculation financière
    • Les prix de revente prennent en compte l’évolution du coût de la vie, la construction, les différents travaux réalisés… 
    • Si un ménage vend son logement, il ne perd pas d’argent (il récupère l’argent investi et une partie de la plus-value). 
    • Lors de la revente, une part de la plus-value revient au ménage sortant en ce qui correspond à l’inflation, une part minime revient au CLTB pour financer son fonctionnement, tandis que la majeure partie de la plus-value est simplement annulée. 
    • 69% de la hausse du prix du logement est purement et simplement détruite ! 
  • Le bailleur social aide à la construction, mais ce sont les gens qui écrivent le cahier des charges (avec un animateur)  
    • La co-construction du projet se fait aussi en lien avec les associations du quartier et riverains 
  • Les membres de l’association de la CLT et leur poids dans la prise de décision : 
    • 1/3 Les habitants entrent au CA du CLT ainsi que les futurs propriétaires 
    • 1/3 les riverains et la “société civile” 
    • 1/3 les pouvoirs publics 
  • Les habitants peuvent emprunter à 1,5% à 2% via la banque de crédit sociaux, « le Fonds du Logement de la Région de Bruxelles-Capitale »
  • Déjà 120 logements à Bruxelles sous ce régime 
    • Dont le projet L’Espoir à Molenbeek avec 14 logements et premier projet d’appartements passifs de la Capitale.
  • Il s’agit à Bruxelles d’une des solutions les moins chères pour produire du logement social. Les logements n’ont besoin que d’une subvention à la construction. Ensuite, le logement étant acheté, les lourds coûts de gestion du parc immobilier social sont évités.
Autres exemples proches de celui-ci : 
  •      l’association le Ciré, active dans l’accompagnement des réfugiés, a créé dès 2003 des groupes d’épargne collective et solidaire (GECS)

Les Organismes de foncier solidaire à Rennes, Lille et peut-être Nantes (PLH 2019-2025)

le principe : “L’objectif de l’OFS est de séparer la propriété  des murs du foncier pour assurer, dans le temps, la vocation sociale d’un logement.”. “La volonté est alors de permettre qu’un logement en accession sociale le reste, même lors de sa revente.”

Ce dispositif est permis par la loi Alur (2014) : l’OFS est propriétaire du foncier (représentant généralement entre 15% et 30% de la valeur d’un bien) et l’acquéreur est propriétaire des murs (et reverse une redevance à l’OFS) 

“Aujourd’hui, le dispositif est aussi mis en place à Lille et à Biarritz. Ils permettent dans certains cas de descendre le prix du m2 à 2 300€, au lieu du prix du marché de 6 000€ au m2.”

Les OFS peuvent faire des locations longues durée (entre 18 et 99 ans) et de l’accession sociale. Sur les baux réels solidaires voir ici : https://www.hlm.coop/contenu/le-bail-reel-solidaire-brs

  • L’Organisme de foncier solidaire de Rennes (créé en 2018) [même principe que les CLT]
  • L’OFS de Lille (OFSML) a été créé en février 2017 et a mis en place 15 logements en Bail Réel Solidaire 
  • Dans le nouveau PLH, Nantes métropole dit vouloir mettre en place un OFS

 

Coopératives immobilières à Copenhague mais aussi dans des pays nordiques :

Il y a 20 ans à Copenhague il y avait 50% de logements sociaux, aujourd’hui il n’y en a plus que 33% : ces 33% ont résisté à la privatisation des logements publiques par la mairie de droite par qu’ils étaient coopératifs : le commun résiste mieux à la privatisation que le public dans ce cas !

Sur l’accueil d’urgence :

  • Grand Synthe : construction de cabanes en bois pour pouvoir accueillir le plus dignement possible les migrants qui viennent
  • Copenhague et les quartiers conteners 

Autres exemples à creuser :

  • Les coopératives immobilières
  • La ville de From en Angleterre
  • Production sociale de l’habitat 
  • Démarche citoyenne des ruelles vertes (végétalisation des rues) à Québec
  • Parking Day : espace public des parkings retrouvent différents usages
  • Expérience Parkfarm à Bruxelles ( parc autogéré sur une friche ferroviaire)
  • Pré en bulle qui anime le quartier des grottes avec fêtes et triporteurs à Genève
  • Repas de rue autogérés à Tours (mais aussi en Belgique et à Montréal)
  • Budget de la commune participatif à 50% comme à Porto Allègre (contre 3% seulement dans les communes françaises) 
  • L’auto-construction : Trémagat, Rezé 

 

Nos propositions et pistes d’actions

Ménager la ville : 

 

Plus de détail sur la proposition sur cette page 
Pour participer à sa rédaction, rendez-vous sur le discord ! 

Sur le logement : 

  • Ménager plutôt qu’aménager c’est-à-dire prendre soin de l’existant, plutôt que de détruire, dans un démarche à la fois sociale et écologique
    • Plutôt que de détruire des bâtiments, faire des expérimentations : habitat participatif ou autres formes d’habitat, communs urbains…
    • Prendre soin de l’existant :
      • faire un moratoire des grands projets d’aménagement 
      • arrêter au maximum les grands projets d’ampleur et mettre l’argent dans des choses moins clinquantes mais qui changent la vie au quotidien 
      • renoncer à programmer la ville 
      • laisser des espaces vides appropriables 
  • Repenser la ville en lien avec le territoire qui la fait vivre 
  • Faire une ville polycentrique et diverse plutôt que standardisée, avec des quartiers spécifiques ayant une personnalité propre 
  • Ménager des espaces de rencontre, de vie dans chaque micro quartier nantais 
    • Développer/encourager les communautés territoriales 
    • Faire vivre la vie de quartier 
    • passer à une échelle bien plus restreinte pour penser la ville : re-territorialisation territoriale à partir des quartiers réels vécus 

Autour de la discussion sur la façon dont la ville se fait : 

  • ouvrir des espaces de discussion conflictuelle sur la ville ; réguler les conflits d’usage plutôt que de les trancher 
    • Proposer aux gens de définir, délimiter eux-mêmes leur quartier 
    • Demande aux gens de son quartier comment ils voient leur quartier 
    • Créer des ateliers populaires d’urbanisme sur le modèle de ceux de Roubaix et Lille pour se donner les moyens d’agir, de lutter contre les projets d’aménagement outranciers 
    • Soutenir le collectif de lutte contre le projet du Grand Bellevue – quartier qui va subir la même chose que Malakoff 
  • Faire avec les gens [pour les projets d’aménagement] : 
    • Donner davantage de pouvoir aux communautés et un rôle d’arbitre, de régulatrice à la mairie
    • Mettre des ressources à la disposition des collectifs (outils, ouverture des ateliers municipaux…) 
    • Extensions des droits des locataires à l’échelle des quartiers 
    • Aménager des espaes-temps de carence (6 mois par exemple) pour laisser la possbilité à des collectifs de s’organiser 
    • Donner aux collectifs un droit à la préfiguration/ à tester des aménagements avec des prototypes 
    • Plus de laisser-faire 
    • techniques de prise en compte des différents types d’usagers (préfiguration)
    • S’inspirer sur projet I-Link pour la méthode annoncée ? (construction d’un quartier avec les habitant.e.s) [projet épinglé par Médiacités pour des conflits d’intérêt et des problèmes de gestion financière de l’association]
    • Aménagement low-cost et auto-construction sur les chantiers modestes comme à Trémargat (où ils ont aménagé le centre-ville avec des chantiers collectifs)
  • envisager de faire fonctionner l’existant qui ne fonctionne pas (ex de Nantes&Co pour le quartier Chantenay Bellevue où l’agenda n’est pas à jour et où des projets manquent) 
  • Sur le logement : 
    • Encadrement des prix de loyers  par le biais de la loi Elan qui donne la possiblité de faire une expérimentation sur 5 ans jusqu’à -20% des prix des loyers 
    • Encourager l’émergence de coopératives immobilières, qui proposent de logements sociaux sous forme de communs résistant mieux aux vagues privatisation.
    • Lutter contre la spéculation immobilière et la hausse du prix des logements en décorrélant le foncier et le bâti (community land trust ; coopératives immobilières, création d’un OFS ?) 
    • Travailler sur la maîtrise du foncier :
      • Arrêter de vendre du foncier public. Via les ZAC : outils d’expropriation du foncier pour les confier à un aménageur public ; problème lors de la revente à des promoteurs immobiliers (le prix équivaut au coût des équipements mis en place avec une péréquation : revente moins chère aux bailleurs sociaux et plus chère pour des bureaux par ex.).. On peut imaginer une location des parcelles (comme ce qui est fait avec les ports où le foncier est maîtrisé, où le sol reste public), des baux emphytéotiques. → si on ne vend pas les parcelles il faut trouver d’autres sources de financement… 
      • baux emphytéotiques pour de logements et pour des communs urbains 
    • Isolation des logements : mettre en place une taxe pour obliger plus ou moins les propriétaires à isoler les logements 
    • Mettre en place des logements d’urgence : 
      • par ex. des studios meublés qui serviraient de béquille temporaire 
      • Espace (numérique et physique) où on peut dire l’espace disponible chez nous pour accueillir 
      • créer des espaces d’hébergements d’urgence comme à Grande Synthe (cabanes en bois) pour pouvoir accueillir le plus dignement possible les migrants qui viennent 
      • réquisitionner les bâtiments vides pour loger des gens en urgence (voir proprositions enquête Migrations) 
    • comment aller vers la gratuité des loyers (long-terme) ?  Comment aller vers un squatt généralisé de la ville ? Et comment développer des moyens de subsistance modernes ? 
  • Développement de moyens de subsistance modernes 

 

Ressources

Ressources internes : 

Faire la ville en commun : fiche d’enquête en format pdf, version actuelle et version précédente.

APPEL À témoins

à venir…

FAIRE AVANCER L’ENQUÊTE

Enquête commencée le

31 janvier 2019

Discussions organisées le(s)

31 janvier 2019

20 mars 2019

Témoins invités le(s)

à venir

Ateliers pour imaginer des propositions & actions le(s)

Moment de convergence le(s)

à venir

Prochaine action le(s)

à venir

Personnes porteuses de l’enquête (pseudo Discord) :

  • Margot (@Margot#9970)
  • Lucie (@pseudo2)
  • Lucille (@pseudo2)
  • Thomas (@pseudo2)
  • Ghani (@pseudo2)

Prochaines
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